Petit bout de HRP dans les Pyrénées Orientales

En septembre, je suis parti pour faire la partie de la Haute Route des Pyrénées (la fameuse HRP) qui traverse les Pyrénées Orientales. L’objectif était de rejoindre Banyuls depuis l’Hospitalet-près-l’Andorre.

Départ donc de la gare de l’Hospitalet. Je suis coutumier des départs depuis cette ligne de train Toulouse-La Tour de Carol : il y a des GR à quasiment chaque gare!

La première journée est copieuse en dénivelé : le Col de Porté-Puymorens en entrée, suivi du Col du Lanoux en plat de résistance et enfin – après être redescendu au pied du barrage du Lanoux, ascension du Puig Carlit à 2921 m. Cette dernière montée est vraiment éprouvante : arrivée au pied du pic, il reste plusieurs centaines de mètres de dénivelé dans un pierrier moyennement stable. Le gravier roule sous les pieds : deux pas en avant, un pas en arrière. Les bâtons de randonnée aident beaucoup!

Après ce passage délicat, la vue depuis le Carlit est une vraie récompense. Et pour le réconfort, rien ne vaut une chambre 5 (belles) étoiles sur la rive d’un des petits Estany que l’ont trouve en descendant vers les Bouillouses.

Le deuxième jour n’est pas bien mémorable. Passé les Estany puis les Bouillouses, toujours aussi magique au petit matin, la route forestière puis départementale qui mène à l’entrée de la vallée d’Eyne est longue et monotone. Une seule hâte : arriver de nouveau en pleine nature. Et la vallée d’Eyne – une réserve naturelle protégée – mérite vraiment un peu de patience. Presque en ligne droite jusqu’à la frontière, c’est une zone de forêt puis d’alpage où les marmottes se partagent les pâturages avec les vaches et les robustes chevaux de montagne. Si c’est assez tranquille pour les marmottes, ça l’est tout aussi bien pour un randonneur en quête de bivouac.

Troisième jour, je monte jusqu’au col d’Eyne. A partir de là, la HRP suit un bon moment la crête qui définit la frontière franco-espagnol. En contre bas, on peut voir le sanctuaire de la Nuria dans la vallée du même nom, côté espagnol. Bientôt, c’est une harde d’isards qui retient mon attention. Je n’en ai jamais vu autant ensembles. Un peu plus loin, un isard solitaire me surveille d’un œil curieux depuis un petit promontoire. Il n’est qu’à quelques mètres, mais bien a l’abri du ressaut rocheux. Le festival animalier continue avec trois mouflons aux cornes impressionnantes. Je suis ramené sur terre par un spectacle moins joyeux dans la vallée suivante : un isard qui vient probablement de faire une chute – malgré la grande agilité de ces animaux – attire tous les charognards des environs, tandis que le reste de son petit troupeau s’éloignent. Les oiseaux espagnols attirés par les cris des premiers charognards descendent en piqué juste au-dessus de moi. J’entendrais longtemps les vautours se disputer bruyamment la dépouille de l’ovin. Cet épisode rappelle qu’en montagne, les choses peuvent vite déraper : la victime était pourtant un animal bien adapté et qui a toujours vécu dans ce milieu, et moi, je me sens bien peu expérimenté et vulnérable en comparaison.

La matinée avançant (et oui, tout ça en à peine quelques heures!), je croise de plus en plus d’humains et de moins en moins d’animaux sauvages (surtout des isards). Le trajet qui a rejoint le GR11 redescend coté espagnol vers le refuge d’Ulldeter. Le ciel qui se fait vraiment menaçant me pousse à allonger le pas. Malgré tout, je n’échappe pas à l’averse de grêle qui accompagne l’orage. Je me fait dépasser par de nombreux promeneurs et coureurs qui rejoignent précipitamment leurs voitures ou le refuge.  Et l’averse s’arrête soudainement alors que j’arrive à 50m du refuge… no comment. Le ciel étant encore très menaçant, je décide d’y passer la nuit : en toute fin de saison, il ne manque pas de place et la succession d’orage qui produit de belle quantité de pluie et foudre toute l’après-midi me donne raison, d’autant que la HRP est censée rejoindre de nouveau une crête exposée et déconseillée en cas de mauvaise visibilité (de ce côté, rien de pire qu’un épais nuage d’orage). Nous ne sommes que quatre au refuge : deux catalans qui rentre le lendemain et un suédois qui suit aussi la HRP.

Quatrième jour : les nuages ont disparu dans la nuit, mais les prévisions donnent de nouveau un risque d’orages pour la mi-journée. Je ne m’attarde donc pas et reprend le chemin de la crête. Sur place, je comprend combien la zone est paumatoire dans le brouillard, mais magnifique avec un temps dégagé. Peu d’animaux, mais un paysage changeant au gré de la géologie torturée assure le spectacle. A la Collade des Roques Blanches, je surprend un énorme charognard qui se repaît sur la carcasse déjà bien entamée et sèche d’un cheval. Vautour ou gypaète? Je n’ai pas le temps de prendre une photo, qu’il a disparu.

Le chemin arrive bientôt au Pla Guillem, je pensais y faire ma pause de midi, mais les nuages deviennent très rapidement menaçant. Je poursuit donc rapidement jusqu’au Refuge des Mariailles au pieds du Canigou. Bonne idée! De la terrasse puis bien à l’abri dans la salle commune je pourrais observé toute l’après-midi la succession de nuages denses et sombres souvent orageux qui chapeautent le Canigou et les crêtes.

Les prévisions que j’arrive à obtenir ne sont pas terribles. Il y a de fortes chances pour que j’atteigne le sommet du Canigou en même temps que les orages quotidiens. Pas de quoi faire rêver donc. En plus, je n’ai pas assez de latitude dans mon planning pour laisser passer le mauvais temps. Je décide donc de laisser tomber et de garder le tronçon Canigou-Méditerranée pour une autre fois.

Le cinquième jour est donc le dernier pour cette fois : j’achète la carte du coin au refuge et redescend jusqu’à Villefranche de Conflent par le GR10 puis les chemins de crêtes. La végétation passe progressivement d’une forêt d’altitude à une garrigue méditerranéenne odorante. Après une rapide visite de cette joli ville fortifiée (classée UNESCO), je trouve un train qui me ramène à la maison, via Perpignan.

Une réflexion sur « Petit bout de HRP dans les Pyrénées Orientales »

  1. Merci pour ce très beau récit et ces photos, on le vit par procuration. Et tout cela en train+ marche, bravo!

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